Je participe à un essai thérapeutique

L’éternelle et inévitable question sera : où en est la recherche ? Car moi patient, je suis volontaire pour entrer dans un essai thérapeutique toujours assorti d’espoir, même s’il ne s’agit que d’une phase 2 dans l’échelle pharmaco-toxicologique conduisant à l’Autorisation de Mise sur le Marché (AMM). voir Les essais thérapeutiques Arrêtons nous sur les perturbations psychiques occasionnées par les essais thérapeutiques où se télescopent l’enthousiasme suscité par le résultat espéré et le tri des patients imposé par le « design » de l’étude, conduisant à retenir les uns pour leur profil pathologique et à écarter les autres .
Les conséquences psychologiques d’une telle démarche pour ces patients ne laissent pas indifférent.

Si les lois bioéthiques visent à protéger le patient et à couper l’envie à quelques pseudo découvreurs de faire n’importe quoi, elle a aussi d’importants revers comme chaque fois qu’on privilégie le sacro-saint principe de précaution.
La lourdeur des essais par l’enchaînement d’une méthodologie complexe, contraignante et figée, ne permet pratiquement pas un réajustement du concept en cours d’essai, ni de disposer de ce regard ouvert sur des observations pouvant être éclairantes.
Tout en effet est focalisé sur les points prévus et déclarés à observation.
On ne change pas de cap en cours d’essai, statistiques obligent, et cela se comprend.
La froideur du raisonnement et sa rationalité, la froideur autoritaire des règles biomédicales atteignent durement les patients admis aux essais et devenus, malgré les lois bioéthiques, objets inanimés soumis à une indécente gestion comptable.
Et pourtant elle a un sens :
  • perdre des patients admis aux essais pénalise les résultats et affecte leur désespérante longueur d’obtention.
  • vouloir « mathématiser », via la statistique, des résultats issus de la biologie aux lois relativement imprécises et ce, dans un réel souhait d’objectivité, explique cette nécessité du nombre de participants à l’essai, pour gommer précisément toute subjectivité.
Les « heureux élus » aux essais seront attentifs aux moindres manifestations révélatrices d’un mieux, ressenti même sous placebo !
Les vertus de l’effet placebo sont bien connues, la courte durée de leurs effets également.
Cette composante placebo est aussi source d’anxiété, opposant un attendu progrès vers la guérison au statu quo dans la maladie.
Le choix par randomisation, c'est-à-dire tirage au sort, asservit totalement le malade aux exigences de la science.
Que dire enfin des conséquences de l’arrêt drastique d’un essai de la part du laboratoire promoteur, attitude légitime pour ce dernier, mais d’une brutalité rare pour le patient mis tout à coup devant la réalité d’une possible toxicité ou de la privation d’un effet supposé.

La lenteur du déroulement des essais susceptibles de conduire à l’AMM est en opposition directe avec la rapidité d’évolution de la maladie.
  • Si tout est instauré pour assurer aux patients une réelle protection, un déroulement de l’essai dans la dignité,
  • s’il est indispensable de mesurer les effets positifs et d’apprécier les effets négatifs et ce, par rapport à un élément de référence,
  • si on ne peut occulter le coût de l’essai pour le laboratoire,
  • il n’en demeure pas moins, et cela devait être souligné, qu’une grande violence entoure ce moment d’espoir/désespoir qui implique un soutien particulier.
L’organisation rigoureuse de l’essai et l’interprétation qu’en fait parfois le malade conduisent souvent à échanges avec l’association, le psychologue…
Ces échanges auront pour objet de rassurer, d’expliquer, de souligner l’aspect participatif et solidaire de la démarche, et surtout de dédramatiser un angoissant et soudain questionnement légitime qui ne doit pas se départir de l’espoir.